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Novembre 2011
Chers amis et sympathisants
Cela fait deux mois que l'année scolaire a commencé à Ein Bustan et cela fait encore plus
depuis que je vous ai envoyé des nouvelles. Merci aussi à ceux qui ont patiemment attendu – je savais que vous étiez là à nous soutenir sans faiblir... Il y en a parmi vous qui m'ont demandé ce qui se passait et je vous en remercie : chacune de vos demandes me donne la force de continuer notre travail.
Il y a quelques mois, j'ai réalisé que je devais devenir l'un des enseignants de la première classe à Ein Bustan, la première école bilingue (arabe-hébreu). J'ai réalisé que je le voulais et que si je ne m'y impliquais pas moi-même, cette classe avait peu de chance d'exister. Ainsi, malgré le fait que j'ai toujours affirmé que je devais m'occuper des enseignants et ne pouvais donc pas être moi-même enseignant, j'ai tout simplement pris le poste de professeur de classe, avec ma collègue Hasna. Ce travail s'est ajouté à mes autres obligations et donc, bien sûr, ce n'est pas simple, mais je suis satisfait de ma décision. Le contact quotidien avec les enfants me remplit d'énergie et équilibre les activités administratives et de relations avec les adultes, qui me reviennent comme président de notre association. Pour ceux d'entre vous qui ne le savent pas, j'ai vécu à Londres entre 1998-1999 et j'y ai suivi le séminaire de formation d'enseignants Waldorf, sous la direction du Dr Brian Master, ancien professeur et entrepreneur. De puis lors, j'ai travaillé comme professeur de musique dans des écoles Waldorf dont deux dans notre région : à Harduf et à Shaked (où sont scolarisés mes deux enfants plus âgés).
L'été dernier, nous avons eu beaucoup de tâches à réaliser pour préparer la prochaine année scolaire. Nous avons loué un bâtiment supplémentaire, non loin de la maison où notre école maternelle a vu le jour dans le village de Hilf. Le «nouveau» bâtiment n'était, en fait, pas nouveau du tout : c'était un bâtiment inutilisé et pratiquement abandonné depuis 15 ans. Le propriétaire n'avait pas prévu de le louer. Cependant, il avait un bon potentiel et le propriétaire, finalement convaincu, a accepté de nous le louer et d'en autoriser la rénovation.
Que de travail il a fallu faire ! Il fallait rénover le bâtiment pour qu'il accueille une nouvelle école maternelle et la nouvelle classe. Nous avons enlevé un mur qui divisait l'espace en deux petites salles. Nous avons gardé un espace pour une une petite classe et à un autre endroit, nous avons érigé une cloison en plâtre pour séparer la maternelle et la classe. Il a fallu ériger une clôture autour de la cour et construire et installer des portes en bois. Nous avons retiré tous les détritus de la cour et réaménagé toute la zone : rassembler la terre et les gravats de construction inutiles en formant une petite colline qui permet aux enfants de grimper et de sauter, puis apporter et répandre de la terre arable pour le jardin et couler une piste en ciment et mettre en place un système d'arrosage pour faire pousser des arbres, des arbustes et des fleurs. Nous avons aussi réaménagé les espaces intérieurs et installé des toilettes. Des dons sont arrivés pour la maternelle comme pour la classe sous la forme d'un tableau noir, d'un piano, de réfrigérateurs et de cuisinières, des rideaux, des poupées et des blocs de bois.
Le tout a été accompli dans un délai très court alors que le personnel était pris par les évaluations internes et les préparations pédagogiques pour les activités de l'année prochaine et que la moitié du personnel pratiquait le Ramadan et donc le jeûne quotidien. Beaucoup de questions sont restées sans réponse et nous savions que nous aurions à les résoudre plus tard, lorsque le travail aurait commencé. Nous avons accueilli de nombreuses nouvelles familles, ainsi que de nouveaux employés et beaucoup d'enfants sont passés de l'ancienne maternelle vers la section supérieure de la nouvelle maternelle.
Que dire ? Quand j'écris tout cela et regarde en arrière, je ne comprends même pas comment cela a pu être possible ... mais ça y est : nous avons commencé une nouvelle année, dans deux bâtiments distincts et chacun d'eux dispose de deux groupes actifs. À ce point, je dois souligner combien je suis reconnaissant envers tous les parents qui ont contribué par de nombreux week-ends et jours de vacances à travailler dur sur les rénovations et aux nombreux et merveilleux donateurs qui ont apporté des dons en nature et des dons financiers. Merci à vous tous, sans vous cela aurait été impossible ! Ce sont vous qui changez la réalité et la rendez meilleure et plus belle.
Comme décrit ci-dessus, nous avons maintenant deux bâtiments. L'ancienne maternelle d'origine a reçu le nom de "Dahlia", qui signifie «vigne» en arabe, en rapport avec la magnifique vigne qui pousse à l'entrée de Bustan. Il y a deux groupes de jardin d'enfants dans ce bâtiment, celui d'Amna et Gidi (pour les 3-4 ans) et à côté, la crèche dirigée par Yoav et Iman. Le nouveau bâtiment est appelé "Nisan" (ce qui veut dire "printemps" en arabe tandis qu'en hébreu, l'un des mois du printemps se nomme "Nisan"). On y trouve l'école maternelle pour les plus âgés (4-5 ans) sous la direction d'Ibtisam, Esti et Fatma, ainsi que la classe de première année, dirigée par les professeurs Hasna et Amir (c'est moi !). Nous avons aussi à temps partiel des enseignants professionnels: Lydia (artisanat), Yaël (anglais) et Meirav (Eurythmie). De plus, nous avons de jeunes femmes de la région qui sont des bédouines arabes et font leur service national (en lieu et place du service armé) comme assistantes maternelles bénévoles.
Outre le personnel enseignant, notre personnel administratif comprend Rachel (Développement et relations avec les donateurs), Oren (directeur financier) et Awni (comptable) et, récemment, Ronit Pan nous a rejoint sur une base volontaire comme secrétaire à temps partiel. Nous ne devons pas oublier de mentionner également un certain nombre de parents, dont Orit, Lee et Orna, qui ont apporté bénévolement leurs compétences dans une variété de domaines allant de contacts avec le ministère de l’Éducation à la planification de l'aménagement de la cour. Itamar Feigenbaum et Eli Simon continuent à remplir leurs devoirs au sein du conseil d'administration. Et bien sûr, je continue à travailler en tant que directeur exécutif. (Que tous les autres je n'ai pas mentionnés veuillent bien me pardonner – Dieu merci leur nombre est en pleine croissance !) Je suis très reconnaissant envers tous ces gens talentueux de notre équipe, qui construisent une réalité meilleure pour nous tous.
J'ai commencé mon travail avec Hasna l'année dernière en avril. Nous nous sommes rencontrés aussi souvent que nous le pouvions. Nous avons parlé et avons formé une image commune pour relever le défi qui nous attendait. Nous avons rencontré des parents, qui sont devenus de plus en plus intéressés et engagés. Chacun de nous a observé des classes de première année dans plusieurs écoles différentes. J'ai pu rencontrer de merveilleux exemples d'enseignants de première classe. J'ai parlé avec des enseignants chevronnés et de la part de ceux qui accompagnent mes propres enfants, j'ai reçu beaucoup d'encouragements et des conseils pratiques. J'ai repris de vieux textes dans mes livres et cahiers et ensemble, nous avons recueilli des histoires et des idées, et nous avons bâti des plans de cours. Le matin, je me faisais un devoir d'aller à l'extérieur pour recueillir des impressions et m'émerveiller de cette nature toujours changeante dans notre beau monde, ce que, je l'espère, mes élèves ne manqueront pas de faire. Je me suis efforcé de passer autant de temps que possible dans une relation de qualité avec mes propres enfants. A mesure que les jours passaient, j'ai observé avec enthousiasme (et un peu d'anxiété), comment approchait le début de l'année scolaire.
Nous avions encore beaucoup de questions. Nous ne savions pas qui pourrait soutenir et nous conseiller sur le plan pédagogique. Nous ne savions pas si nous pourrions recevoir le soutien dont nous avions besoin pour réussir dans ce grand pas en avant. Il est vrai que nous avons formulé des idées pendant la période de 6 ans où les jardins d'enfants ont été actifs, mais en réalité nous allions faire une chose qui, pour autant que je sache, n'avait jamais été faite auparavant. Comment allions-nous pouvoir travailler en deux langues, dans les cours principaux du matin ? Comment pourrions-nous chanter ? Comment pourrions-nous faire notre promenade quotidienne ? Les enfants accepteraient-ils l'existence de deux langues dans une petite classe ? Deux jeux de lettres ? (Voir : « L'histoire des Lettres ») ? Et les chansons qui n'étaient pas dans leur langue maternelle ? Et comment nous accepteraient-ils Hasna et moi-même ?
Il y avait dans mon cœur une force qui me soulageait de toutes ces difficultés et de ces questions : une foi profonde et claire comme le jour. Cette foi est toujours là et me guide. C'est une foi très puissante et qui dépasse les mots, c'est une essence spirituelle que je reçois d' en haut et qui imprègne de lumière et d'amour tout mon être. Et si cette foi pouvait être exprimée en mots, voilà ce qu'elle dirait : ces enfants vont recevoir quelque chose incommensurable. Parce qu'il n'y a rien de plus important dans l'éducation que d'aimer son frère en humanité. En arabe : « Ahbib lahika kamaa tuhib Nafsika » ou comme dans le précepte juif : « Aime ton prochain comme toi-même, telle est la grande règle de la Torah ». C'est ce qui est immédiatement nécessaire et c'est une cause internationale – pour toute l'humanité – car il n'y a aucune possibilité de continuer à progresser et à nous développer sans respecter cette règle. Et il n'y a aucun chemin vers le sublime si ce n'est à travers le cœur et les yeux de nos frères humains. Maintenant est venu le temps d'un changement dans la conscience de l'humanité.
À nous, qui sommes engagés dans Ein Bustan, il a été donné une immense opportunité, peut-être la plus grande de tous. Car nos enfants ne nous appartiennent pas. Ils sont « les fils et les filles de la Vie désirant la Vie. Et, bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas », pour paraphraser Kahlil Gibran. Ne cherchons pas à les rendre comme nous-mêmes, mais au contraire : permettons-leur de nous montrer le chemin des sanctuaires sacrés de l'avenir. Rudolf Steiner a déclaré: « Toute éducation est l'éducation de soi » et nous faisons de notre mieux, sans relâche et avec courage, pour nous éduquer nous-mêmes.
La météo sur notre partie du monde est devenu plus froide ces derniers jours et nous bénéficions d'un belle automne. Les musulmans parmi nous ont récemment célébré l'Aïd El Adha. Kul Am waintu Bahir ! Et les Juifs parmi nous célébré les fêtes de Tichri : le Nouvel An juif. Une belle Soukka (une cabane dont le toit est couvert de branchages, NdT) fut installée dans la cour pendant Souccot et m'a rappelé, entre autres choses, l'importance de l'hospitalité. Hospitalité envers nos prochains, ceux qui vivent à proximité et ceux qui sont plus éloignés, et l'importance d'accepter les personnes telles qu'elles sont, qu'elles nous soient semblables ou différentes. Cette lettre parviendra dans les prochains mois à des personnes qui parlent des langues étrangères et, parmi elles, beaucoup de chrétiens. Noël est proche et tout de suite après : la nouvelle année 2012. Bonne année !
Je connais beaucoup d'entre vous personnellement, tandis qu'il y en a d'autres que je serais heureux de rencontrer, mais ce n'est pas encore arrivé et j'attends une opportunité. Nous avons de nombreuses tâches encore devant nous et nos pas ne sont pas encore bien assurés sur le sol. C'est pourquoi, nous avons besoin de votre soutien généreux, que ce soit sous forme d'encouragement ou de soutien financier. Afin de soutenir notre jardin d'enfants actuels et la première classe et en vue d'établir de nouveaux groupes d'enfants, nous avons besoin de nombreuses ressources, tant en personnel qu'en équipements.
Je voudrais bénir chacun et chacune d'entre vous. Je vous souhaite le bonheur et la plénitude et espère que vous verrez le fruit de votre travail et profiterez de vos êtres chers. Puissions-nous tous savoir partager l'ensemble des dons que nous avons reçus dans ce monde magnifique. J'espère que l'année prochaine les liens entre nous serons plus forts et que de plus en plus de ens réaliseront que nous formons tous une seule famille et que la solidarité entre nous est une condition nécessaire à la poursuite de notre développement mutuel. En tant que directeur d'Ein Bustan, je me suis engagé à faire tout ce que je peux pour remplir cet objectif et pour élargir et approfondir notre travail autant que nous le pouvons.
Avec amour
Amir Shlomian



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