Ein Bustan: Arab Jewish Waldorf Kindergarten - Ein Bustan, Printemps 2009

זורעים זרעים של תקוה ושלום

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Chers amis,
Les saisons ont à nouveau changé. Une fois de plus, dans le petit potager du jardin d'enfants, le blé est redevenu plus vert et commence à grandir. Cette semaine, alors qu'il semblait que l'hiver ait pris fin après avoir à peine commencé, le ciel nous a fait la grâce d'un peu de pluie. De gros nuages gris ont relâché leurs gouttes comme un cadeau d'adieu. Le Nouvel An juif des arbres, Tu Bishvat, a été fêté, les amandiers sont en fleurs et les enfants sont doux – comme ils le sont toujours. Et pourtant, il m'est difficile de vous parler de la belle marche faite pour Tu Bishvat dans notre magnifique réserve naturelle ou du succès joyeux de la réunion du groupe artisanal des mamans qui ont produit plein d'animaux et de gnomes en feutre. C'est difficile, car ces jours-ci sont différents et cette année est différente.
Je suis bien consciente que nous vivons dans un pays déchiré par la guerre et je sais que – malgré le fait que ma conviction et mes espoirs aient été tout autres – c'est bien notre réalité. Cependant, je suis durement frappée par cette guerre récente dans la bande de Gaza – stupide et inutile comme elle l'a été.
Un matin, en plein milieu de la guerre, les parents du jardin d'enfants ont été accueillis dans la maison de Fahima et Muhammed. La rencontre avait été conçue initialement pour les parents de ces enfants destinés à aller cet automne en première année d'école primaire. Et pour cela, Roy, le futur professeur de première année était également présent. Tous les parents n'ont pas pu y participer, mais ceux qui étaient présents, j'en suis sûre, n'oublieront jamais les sentiments de confiance et de vérité qui sont nés en ce lieu.
Une des mères bédouines [arabes] nous a dit qu'elle savait ce qu'est le deuil. Le deuil des mères de la bande de Gaza pour leurs enfants, le deuil des mères de soldats pour leurs fils. Son propre frère est mort en faisant son devoir au Liban en tant que soldat israélien. Un des parents juifs, a raconté que son fils était actuellement en service dans la bande de Gaza, et comment, un soir, son cœur s'est soudain figé en entendant un coup frappé à la porte, sûr que l'armée venait lui annoncer que son fils avait été tué. Ce n'était que des voisins qui venaient lui rendre visite. Sa femme épiait depuis la chambre à coucher, où elle avait cherché refuge pour échapper à la terrible nouvelle dont elle ne doutait pas. Il a raconté comment il a tancé les visiteurs: «Ne savez-vous donc pas qu'en temps de guerre, il ne faut jamais frapper ainsi à notre porte, sans nous prévenir d'abord de votre venue ? ». Les personnes ont parlé du sentiment d'être isolées, de la peur de ne plus appartenir à sa propre "tribu". (Pendant la guerre, il y avait un tel consensus quant à la validité de l'action militaire qu'il était presque impossible d'être contre l'esprit de patriotisme qui a déferlé sur le devant de la scène nationale, avec toutes les femmes de la communauté autour de nous, occupée à tricoter des bonnets pour les soldats.)
Les parents bédouins nous ont parlé de leur difficulté à n'appartenir à aucun des deux camps. S'ils osent exprimer leur désapprobation de la guerre, les Juifs leurs disent : « Si vous n'êtes pas contents ici, rejoignez vos frères dans la bande de Gaza ! », alors que, dans les yeux du monde arabe, ils sont considérés comme des traîtres frayant avec les Juifs. Les parents juifs ont parlé de leur solitude et du sentiment douloureux d'être considérés pratiquement comme des traîtres. Ils ont exprimé la difficulté qu'il y avait à penser et croire différemment de l'épicier, du chauffeur de bus, des voisins, et même différemment de leurs propres amis, ou même parfois, de leurs propres famille, c'est à dire de la difficulté à penser que cette guerre est totalement futile. Que chaque guerre est futile. Qu'il est possible et nécessaire de faire les choses différemment, et que nous devons faire les choses différemment. Je ne me rappelle pas tous les mots, ni toutes les histoires, mais nous sommes restés assis ensemble et avons parlé et pleuré, et nous sommes restés ensemble en silence quand nous n'avons plus eu de paroles, ou quand l'un ou l'autre n'a pas réussi à exprimer ce qu'il avait dans son cœur. Et, plus important encore, nous avons senti que nous n'étions pas seuls.
À la fin de la guerre, nous avons emballé d'interminables files de boîtes et de sacs de nourriture, de lait en poudre, de vêtements de bébé, de couches, de vêtements, de couvertures et de matelas, que nous avons recueillis et envoyés à Gaza. Comme si, d'une certaine manière, nous voulions les atteindre de nos mains par delà l'immense espace qui nous sépare de Gaza, par delà ces kilomètres couverts de désespoir, comme pour dire : nous pensons à vous avec tout notre cœur et nous demandons (pour autant que je sois moi-même concernée) pardon.
D'une façon ou d'une autre, malgré la guerre, et malgré les élections, la vie continue.
Quelques événements, petits mais significatifs, ont eu lieu récemment dans le jardin d'enfants. Ils se rapportent à nos relations avec l'ensemble de la communauté, tant à Tivon qu'à travers la Galilée.
Yaffa, un instituteur expérimenté dans un jardin d'enfants Waldorf, est venu nous donner une conférence. La réunion a été enrichissante et pleine d'humour : les pointes de Yaffa valaient bien celles de n'importe quel artiste renommé tandis que la réunion a développé notre soif d'approfondir nos connaissances et de découvrir de nouveaux points de vue.
Au début du mois de Février, un groupe d'étudiants de l'Oranim Teacher Training College, qui étudie pour devenir instituteurs dans le primaire et les écoles maternelles, ont visité notre jardin d'enfants. La visite a eu lieu en réaction à des commentaires très critiques qui avaient été faits dans leur classe sur la possibilité que des enfants arabes et juifs puissent étudier ensemble. Leur professeur a voulu leur montrer que ces possibilités existent bien en fait. Les étudiants découvraient pour la première fois la pédagogie Waldorf (Steiner) et l'enseignement mixte arabe et juif. Ils ont entendu une présentation rapide du jardin d'enfants Ein Bustan et de l'éducation Waldorf en général. Ils ont entendu les témoignages personnels des parents qui sont venus les rencontrer et ils ont pu poser librement des questions. Ils n'ont pas eu peur de poser des questions directes, telles que : « Vous, les parents du jardin d'enfants, étiez-vous pour ou contre l'État d'Israël au moment de la guerre ? » Et il était important qu'ils puissent recevoir une réponse leur rappelant que nous faisons tous partie de l'État d'Israël – et que pourtant, il est possible d'être contre la guerre.
Nous avons également la chance d'avoir un projet dirigé par trois charmantes femmes: S'maher, Orna et Sarah, dans le cadre du projet "Galilead" un partenariat entre citoyens juifs et arabes d'Israël, cherchant à cultiver et à former une nouvelle génération de dirigeants arabes et juifs en Galilée, dans un désir commun de développer une nouvelle réalité pour la région. Elles conduisent des "cercles d'écoute" réguliers pour les mères du jardin d'enfants. La première réunion a créé le sentiment que nous pouvons être très proches et conscient(e)s de l'autre. J'espère qu'un groupe permanent pourra se former et qu'il sera en mesure de d'offrir un appui réel et de contrecarrer le sentiment de solitude que certains d'entre nous ont connu pendant la guerre.
Je regarde vers l'avenir avec un sentiment de curiosité et d'optimisme.
Le blé va dorer et les enfants vont le récolter et le moudre en farine, comme ils le font chaque année. Puis, ils vont utiliser la farine pour la cuisson des matsohs (pain sans levain) pour la Pâque. Une fois de plus, nous allons faire cuire les matsohs dans le four en briques de terre que les enfants vont construire dans le jardin. En avril, nous organiserons une foire de printemps et un concert au profit du jardin d'enfants, comme celui que nous avons fait l'année dernière et je suis certain qu'il n'aura pas moins de succès. Les membres du groupe “Walk About Love” arriveront dans notre région vers la fin du mois d'avril et j'espère qu'ils se joindront à nous pour un projet visant à nettoyer le Wadi (un lit de rivière à sec) qui passe en dessous de notre jardin d'enfants. Un groupe de parents et d'enfants, équipés de gants et de sacs poubelles, ont déjà commencé le travail, toutefois, afin de le mener à bien proprement, nous avons besoin d'un petit tracteur et d'une bonne douzaine de paires de mains supplémentaires ...
Je pense que la plus grande leçon, pour nous parents de cette école maternelle, est de vivre le miracle de voir nos plans et nos rêves se réaliser sous nos yeux. Et pour cela, j'envoie un immense merci sincère à tous les parents et enseignants, à tous nos amis et sympathisants et à tous ceux qui partagent notre rêve.
Simona Matsliah Hanoch
Traduction de l'hébreu et photos: Rachel Gottlieb   

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