Une réserve naturelle ? En effet!
Célébrations de Tou Bishvat au jardin d'enfants mixte judéo-arabe "Ein Bustan" (29.01.10)
Amir Shlomian
C'était une agréable journée ensoleillée du milieu de l'hiver, qui sied bien au mois de Shvat.
Je suis allé sur l'une des collines fleuries dans la Réserve naturelle Alonim pour rencontrer la communauté Ein Bustan et célébrer ensemble Tou Bichvat.
C'était le début de l'après midi du jeudi, un moment que je consacre habituellement à la cérémonie du "Kabbalat-Shabbat-Juma" (une cérémonie combinée judéo-arabe pour accueillir la fin de la semaine) dans ce jardin d'enfants unique à Bosmat Tab'un (Hilf) , comme je l'ai fait pendant les 5 dernières années. Pourtant, ce jour, c'était différent, car ici je sortais dans la nature, au lieu d'aller à l'école maternelle, et cette fois s'étaient joints à moi quelques très chers invités : mon partenaire Orit, et mon jeune fils Yiftah, qui est âgé de 5 mois, et aussi plein de sourires que le soleil lui-même. Et ce n'est pas tout : cette fois, les parents des enfants étaient arrivés aussi, car depuis cette année nous avons décidé que Tou Bichvat serait un des deux jours fériés sélectionnés comme fêtes de famille avec les parents.
La chênaie magique est un cadre parfait pour cette rencontre chaleureuse, et les fleurs de saison se sont surpassées : anémones, renoncules, asphodèles, les pissenlits et même quelques narcisses persistants (Narkisim). En vérité, c'est une réserve naturelle. Déjà dans le parc de stationnement et sur le chemin nous avons rencontré d'autres parents en route vers le lieu de rencontre. Il n'est plus étrange ou hors de propos que des personnes parlant hébreux et d'autres parlant arabe se réunissent pour célébrer une fête commune. Une conversation amicale est entreprise avec l'une des mères, qui fait tous les jours tout le chemin de Zarzir à Hilf Um Rashed [là où l'école maternelle est située à environ 20 km-Rachel Gottlieb], afin que sa fille, 5 et ans et demi, puisse bénéficier des avantages d'une école maternelle Waldorf dans les deux langues. Cela me donne des forces de voir que j'ai des partenaires, qui, en réalité, croient vraiment que c'est la meilleure façon d'éduquer nos enfants. Une fois encore, j'essaie de converser en arabe, et cette fois il ne m'est pas si facile de décrocher, car ils savent bien que je tiens à apprendre l'arabe. Peut-être ai-je appris à persévérer ? Ou mon arabe s'est-il vraiment amélioré?

Les enfants avaient déjà quitté l'école maternelle une heure et demi auparavant et avait marché au milieu des collines ensoleillées fleuries et ensoleillées. Les enfants, âgés entre deux et six ans, parlent arabe et hébreu, ils se promènent ensemble dans les collines environnantes et des enseignants parlant les deux langues les accompagnent. Ils chantent des chansons parlant d'arbres et de fleurs. Ils chantent en arabe, ils chantent en hébreu. C'est vraiment une réserve naturelle.
Nous arrivons au point de rencontre. Les toiles ont déjà été étendues et garnies de fruits frais et secs, de gâteaux et de boissons. De ci de là roulent légèrement des discussions informelles à propos des enfants et de la vie. Même ces petites conversations sont si porteuses de sens, dans le contexte actuel. Les recueils de chansons sont prêts. Eux aussi, sont en deux langues. Tout ce que j'ai à faire, c'est de sortir la guitare et d'apporter ma contribution personnelle.
C'est comme s'il n'y avait pas besoin de faire un point, de faire d'abord un exposé sur ce pénible voyage, pas besoin de faire front aux préjugés et aux critiques. Tout semble si facile. Le grand exploit de l'art est de transmettre ce sentiment d'aisance. L'artiste ne fait pas ressortir les nombreuses et difficiles années de travail qui ont précédé le moment de l'exécution parfaite, de tel jeu brillant ou sa maîtrise de la forme et la couleur. Peut-être il est normal que ce type d'enseignement soit appelé « art de l'éducation ».
Si simple, si naturelle, si sain et respirant la santé. Une réserve naturelle, en effet.
Traduction de l'anglais au français : Philippe Leconte